Retourne à ton cœur “Sois tout entier désir”

« Le Bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables, je puis donc malgré ma petitesse aspirer à la sainteté. » Cette phrase, extraite du texte de l’ascenseur de Sainte Thérèse de Lisieux (Manuscrit C 2r°-3v°), nous livre une clé de la vie spirituelle. Nous y trouvons en effet et la force du désir, et la foi inébranlable des petits.

C’est le désir de l’homme qui le met en mouvement. La vie spirituelle, l’union à Dieu est en premier un désir. Saint Augustin nous invite même à n’être que désir :« Celui qui veut obtenir quelque chose brûle de désir. Le désir, c’est la soif de l’âme. Et voyez combien les désirs du cœur humain sont nombreux. » (In Ps 62, 5)

« Toute la vie du chrétien est un saint désir. Ce que tu désires tu ne le vois pas encore ; mais en le désirant, tu deviens capable d’être rempli quand viendra ce que tu veux voir. » (In 1 Jo 4,6)

« Tu me dis : que faire, que demander ? Demande ce que Jésus, ton maître, t’a enseigné. Appelle Dieu parce qu’il est Dieu. Aime Dieu parce qu’il est Dieu. Rien n’est meilleur que lui. Désire-le, sois tout entier désir. » (In Ps 85, 5)

L’homme à la porte de la vie spirituelle doit s’interroger sur son désir car son union à Dieu aura la taille de son désir. Le travail de Dieu dans l’âme est bien souvent de creuser et d’élargir le désir.

Celui de Sainte Thérèse était immense, irréaliste même, puisqu’elle souhaitait toutes les vocations et tous les martyrs (cf. Manuscrit B 3r°) Dans le même temps elle ne se fait aucune illusion sur ses capacités : « Vous le savez, ma Mère, j’ai toujours désiré d’être une sainte, mais hélas ! J’ai toujours constaté, lorsque je me suis comparée aux saints, qu’il y a entre eux et moi la même différence qui existe entre une montagne dont le sommet se perd dans les cieux et le grain de sable obscur foulé aux pieds des passants. » (Manuscrit C 2r°-3v°)

Tiraillée entre la force de son désir et la conscience de sa fragilité, elle pose ce simple acte de foi : « Au lieu de me décourager, je me suis dit : le Bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables… » Elle ouvre ainsi à toutes les âmes le chemin de la sainteté, liant ensemble la force du désir et l’intrépidité de la foi.

Il manque cependant un élément à notre alchimie : le temps. Le temps que je suis prêt à consacrer à la vie d’oraison. Ce temps perdu, gratuit, offert au Seigneur, devient le gage de ma bonne volonté. Le temps consacré à la prière est la mise en œuvre dans le réel du désir et de la foi.

A Cana, le Seigneur demande aux serviteurs de remplir d’eau les jarres, le reste est son œuvre (cf. Jn 2, 1-11). à celui qui prie, Il demande simplement une mesure bien remplie jusqu’au bord de temps, signe de sa bonne volonté, le reste est son œuvre. De ce temps, par l’Esprit, il fait monter de notre cœur vers le Père la parfaite louange du Fils, un temps d’oraison.

Que dire encore de cette mesure de temps, peut-être simplement que les dix premières minutes ne font qu’entretenir la vie chrétienne, l’oraison commence après… mais c’est une autre histoire.

Père Geoffroy Lafond