Mot du père Abbé à l’occasion de la bénédiction du petit autel et installation des reliques de Saint Maurice et des martyrs thébains.

Cher Monseigneur, chers confrères, chers amis,

 

« Ce jour que fait le Seigneur est pour nous jour de fête et de joie ! » (Ps 117, 29). C’est par un beau dessein de la Providence divine que l’action de grâces pour les cinquante ans de la fondation de notre communauté s’inscrit dans notre église par la bénédiction de cet autel pour lequel le Père Abbé de Saint-Maurice d’Agaune nous confie d’insignes reliques des corps de saint Maurice lui-même et de ses compagnons, martyrs de la légion thébaine.

Dans l’histoire et la vie de l’Église, la vie consacrée est regardée comme une suite de ceux qui, comme le dit l’Apocalypse, « par la parole dont ils furent les témoins, détachés de leur propre vie, sont allés jusqu’à mourir », ont « lavé leur robe dans le sang de l’Agneau » et se tiennent désormais « devant le trône de Dieu », lui offrant la louange, l’action de grâces et l’adoration de toutes les nations (Cf. Ap 12 et 7).

C’est là, auprès de la tombe du Primicier Maurice et de ses soldats venus d’Égypte, que nos fondateurs ont répondu à l’appel du Seigneur et se sont formés, dans la communion de la charité fraternelle, au service de la louange, de l’enseignement, du ministère pastoral. C’est de là que par un nouvel élan, ils sont venus jusqu’ici fonder une nouvelle communauté canoniale. Notre congrégation, héritière d’une antique tradition, a été placée elle aussi sous le patronage d’un martyr de la même persécution de l’empereur romain à la fin du IIIe siècle, saint Victor de Marseille, dont certains estiment qu’il appartiendrait lui aussi à la légion thébaine.

Je veux exprimer publiquement, au nom de toute notre congrégation, notre reconnaissance et notre dette à l’égard de l’abbaye de Saint-Maurice pour de tels dons qui nous maintiennent, vous et nous, unis très profondément dans une commune inspiration de l’Esprit.

Nos premiers confrères avaient trouvé, dans une petite cavité du chœur de cette église, une table d’autel estimée aux IXe-Xe siècles, riche de couleurs et incurvée comme on le faisait en ces temps. Elle avait été conservée là comme une chose très précieuse, elle retrouve sa fonction de porter la célébration de l’Eucharistie dans laquelle se noue la communion des saints. Un très grand merci à l’artiste qui l’a magnifiquement restaurée et mise en valeur et qui a aussi réalisé la croix qui l’accompagne, M. Stéphane Morit, du Puy-en-Velay.

C’est d’un sanctuaire de cette même ville que vient l’inspiration du crucifix placé près de l’autel. Dans le style du haut Moyen-Âge, le Christ, revêtu de la tunique sacerdotale, apparaît déjà vivant, les yeux grand ouverts, les bras et les mains largement offerts au monde. Il repose sur une croix translucide bordée d’or et de rouge sang, dont les extrémités trilobées évoquent celle de Saint-Maurice.

Merci, de tout notre cœur, cher Père Abbé, de nous confier ces précieuses reliques pour qu’elles stimulent notre prière et notre offrande dans le Christ. Elles cimentent dans le Christ qui est « l’autel, le prêtre et la victime » (Ve préface du temps pascal) notre vivante et indéfectible communion de charité.

Merci aux choristes de Saint-Marc de la basilique de Fourvière, sous la direction de M. Nicolas Porte, de nous aider à chanter la louange du Seigneur comme un service de sa beauté.

Merci à vous tous, chers confrères et fidèles, de prendre soin de cet autel en y venant prier, y confier tout spécialement ceux qui peinent et souffrent sur la route, et en apprenant tous, de ses martyrs, à nous offrir avec le Seigneur Jésus, « le grand prêtre de notre confession de foi » (He 3, 1).

Car « Jésus Christ est le témoin fidèle, le premier-né des morts, le prince des rois de la terre. À lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père, à lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Amen. » (Ap 1, 5-6)

 

+ Hugues PAULZE d’IVOY, Abbé général

Champagne, 6 octobre 2019