50 ans sur les chemins de Dieu

« Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit sans savoir où il allait… il attendait la ville qui aurait de vraies fondations, la ville dont Dieu lui-même est le tisseur et l’architecte. » (He 11, 8-10)

Une aventure spirituelle ! Ce que nous célébrons avec vous, aux 50 ans de la fondation de notre communauté de Champagne, ne peut se comprendre que comme un pèlerinage vers l’inconnu de Dieu, un chemin de foi en Celui qui est le Seigneur de Son Église, et le maître du temps et de l’histoire. À travers l’année de mémoire et d’action de grâces qui s’ouvre devant nous, nous ne visons pas uniquement à dire les faits de notre histoire, mais à comprendre comment Dieu conduit son peuple, et quels biens il nous apprend à désirer, à travers les appels de son Esprit et les réponses que sa grâce offre à notre espérance.

Au printemps 1968, tandis que notre pays était entré dans une période sociale bouleversée, trois jeunes chanoines de l’Abbaye de Saint-Maurice d’Agaune (Maurice Bitz, Pierre Vekemans, Gérard Kessler, épaulés un temps par leur maître des novices Jean-Marie Boitzy) écrivaient à leur Père Abbé avant de faire part de la même demande au Saint-Siège : « après mûre réflexion, nous nous permettons de vous faire part d’un désir : la fondation par nous d’une Maison autonome de Chanoines Réguliers à Vienne en Dauphiné » (Lettre à Mgr Louis-Séverin Haller, 15 juin 1968). Et de détailler ce projet exprimé dans l’Ordre canonial de faire vivre en France l’idéal canonial, les raisons de liens fort anciens entre l’abbaye valaisanne et le diocèse de Grenoble-Vienne, le désir de « favoriser une vie religieuse plus intense », motivée par « les exigences actuelles de l’aggiornamento », la volonté de « mettre tout notre cœur et nos forces au service d’un diocèse » et les encouragements reçus des autorités de l’Église : « Cette fondation désire, dans l’Église d’aujourd’hui, vivre d’une vie religieuse canoniale authentique, dans la fidélité à la Tradition et selon le renouveau demandé par le Concile » (Lettre à la Sacrée Congrégation des Religieux, 9 juillet 1968).

Ce que ces jeunes consacrés voient, c’est simplement une petite maison canoniale fervente, dévouée à la célébration de la liturgie et au ministère pastoral, dans un climat religieux et fraternel. Munis des permissions de leurs supérieurs, ils partirent donc, avec quasi rien en poche, et cherchèrent dans la région de Vienne. Et l’aventure les poussa jusqu’à Champagne, un Abbaye Saint-Pierre – Champagne 4 peu plus bas le long du Rhône, en Ardèche, et encore bien plus loin par la suite.

Le concile Vatican II a exprimé très clairement ce qu’est la vie consacrée et d’où elle vient, comme don de l’Esprit à l’Église et réponse à ses appels : « Dès les origines de l’Église, il y eut des hommes et des femmes qui voulurent, par la pratique des conseils évangéliques, suivre plus librement le Christ et l’imiter plus fidèlement et qui, chacun à sa manière, menèrent une vie consacrée à Dieu. Beaucoup parmi eux, sous l’impulsion de l’Esprit Saint, vécurent dans la solitude, ou bien fondèrent des familles religieuses que l’Église accueillit volontiers et approuve de son autorité. À partir de là se développa providentiellement une admirable variété de communautés religieuses qui contribuèrent beaucoup à ce que l’Église, non seulement, fût apte à toute bonne oeuvre et prête à emplir toute activité de son ministère en vue de l’édification du Corps du Christ, mais encore, apparût embellie
des dons variés de ses enfants comme une Épouse parée pour son Époux, et que par elle, fussent manifestées les ressources multiples de la Sagesse de Dieu. » (Décret Perfectae caritatis sur la rénovation adaptée de la vie religieuse, n° 1).

Voilà, chers confrères et amis, la grâce que nous demandons les uns pour les autres en revenant cette année aux sources vives de notre fondation : retrouver « la ferveur du premier amour » (Ap 2,4), comme nous y invitait le Père Abbé Maurice si constamment, pour l’actualiser dans notre vie baptismale, consacrée, sacerdotale, et pour témoigner humblement, à notre place, de l’amour de Dieu. C’est ainsi, comme dit le Concile, que la Sagesse de Dieu se révèle dans sa richesse étonnante et que l’Église, l’Épouse du Seigneur Jésus, est belle et féconde.
Que notre pèlerinage vers le Père nous unisse dans la joie !

+ Hugues PAULZE d’IVOY
Abbé général